Histoire de Istanbul

Istanbul à travers le temps

Une tribu turque oghouse des environs de la mer d’Aral, régna à partir de 990 sur tout le territoire des oghouses. En 903, le chef de cette tribu était Seldjouk Bey : c’est lui qui a donné son nom à cette tribu. Il y eut donc la tribu des Seldjoukides, qui se déplaça vers le moyen et le proche orient, se convertit ai Sunnisme et fut bientôt maîtresse d’un vaste empire qui couvrait l’Iran, la Syrie, l’Irak actuels, entre le XIe et le XIIIe s. Ils adoptèrent le persan comme langue officielle et s’établirent à Ray, dont le site est aujourd’hui occupé par Téhéran.

Une autre tribu turque, celle des Kayı, avait elle aussi pris petit à petit des villes d’Anatolie aux Byzantins. Comme tous les empires, celui des Seldjoukides s’effondra au XIIIe s., miné par des dissensions internes et par les attaques des croisés, et c’est la tribu turque des Kayı qui commença à prendre la place des Seldjoukides, surtout après la victoire d’Osman I en 1299 sur les Byzantins, auxquels il prit la ville de Mocadène. Jusqu’en 1236, date de sa mort, Osman I conquit de nombreuses autres villes aux Byzantins, constituant ainsi les prémisses de l’Empire ottoman. A partir de là, ses successeurs commencent à occuper des territoires en Europe, au détriment des Byzantins, et prennent Gallipoli (1347), sont victorieux à la bataille du Champ des Merles (1389) et la Serbie est complètement conquise en 1459. Entre temps, Constantinople avait été conquise en 1453 par Mehmet II.  

Les sultans ottomans

  • Osman Ier (1281-1326)
  • Orhan (1326-1359)
  • Murad Ier (1359-1389)
  • Bayezid Ier Yıldırım (1389-1402)
  • Interrègne (1402-1413)
  • Mehmed Ier Çelebi (1413-1421)
  • Murad II (1421-1444) (1)
  • Mehmed II Fatih (1444-1446) (1)
  • Murad II (1446-1451) (2)

A partir de là, le sultan s’installe à Constantinople

  • Mehmed II Fatih (1451-1481) (2)
  • Bayezid II (1481-1512)

Les sultans deviennent alors également des chefs religieux. Les Ottomans conquièrent petit à petit des pays dont la population est musulmane et dirigent directement les pays conquis pas trop distants. Les pays plus lointains jouissent d’une certaine autonomie ; les chrétiens peuvent pratiquer leur religion, mais doivent payer un impôt et fournir des jeunes enfants qui seront formés pour devenir des soldats d’élite : les Janissaires.

Cela incite un grand nombre de Chrétiens à se convertir à l’Islam.

Les califes et sultans ottomans

Selim Ier Yavuz (1512-1520) : conquiert l’Egypte en 1517 et devient Calife (chef religieux).

Suleyman Ier le Magnifique (1520-1566) : Comme il était de tradition dans la dynastie ottomane, à son accession au pouvoir, l’aîné de Selim I, Suleyman I, fit mettre à mort tous ses frères et ses neveux pour couper court à toute revendication pour le pouvoir. Sous son règne, l’empire atteint son étendue maximale, mais il assiège Vienne sans succès en 1529. L’art et la culture se développent ; c’est la grande époque de l’architecte Sinan qui construit de nombreuses mosquées et édifices publics. Pour son malheur, Suleyman prit pour épouse principale l’intrigante Roxelane (Haseki Hürrem en turc) qui évinça les autres épouses, incita Suleyman à faire étrangler son grand Vizir et ami Ibrahim Paşa et à faire assassiner son fils Mustafa, pour que Selim, fils de Roxelane, puisse prendre sa suite.

Selim II l’Ivrogne (1566-1574) : C’est un être faible, débauché, fainéant, qui ne s’intéresse pas au gouvernement ; il se laisse influencer par sa principale femme, Nur Banu, la laisse pratiquement gouverner et nomme grand vizir son beau fils Mehmet Sokollu Paşa, janissaire à l’origine, qui fut un vizir de qualité sous 3 sultans : Suleyman I, Selim II, Selim III. Il conquiert Chypre mais incite ainsi les Européens à se coaliser, et sa flotte est défaite à la bataille de Lépante (1571).

Murad III (1574-1595) est le fils de Selim II et de Nur Banu ; cette dernière laisse son fils mener une vie de débauche et prend elle-même les rênes du pouvoir. Plus tard, c’est sa principale épouse Sofia Baffo d’origine vénitienne, nommée Safiye Sultan en turc, qui aura le véritable pouvoir. En 1579, Mehmet Sokollu Paşa est assassiné ; on n’a jamais su  qui avait commandité ce crime. Murad III chercha à s’allier avec Elisabeth I contre les autres Européens, prétextant que leurs deux religions étaient voisines.

Mehmed III (1595-1603) : fils de Murad III et Safiye, n’est pas moins débauché, ni moins fainéant que ses prédécesseurs ; il laisse le pouvoir à sa mère. Pour accéder au pouvoir, il a fait assassiner 19 frères ou demi-frères et une vingtaine de sœurs, battant ainsi un record

Ahmet Ier (1603-1617) ; fils du précédent monta sur le trône à 13 ans et mourut à 27 ans du typhus. Il fut moins cruel que les précédents, puisqu’il épargna la vie de son frère Mustapha, mais il fut tout aussi débauché que les sultans précédents. Cependant, il choisit de bons vizirs. Il dut combattre les Perses insurgés sans parvenir à les vaincre, et soutint par contre victorieusement les Hongrois, Moldaves et Transylvains contre l’Autriche. C’est ce sultan qui a fait construire la magnifique mosquée bleue.

Mustafa I (1617-1618) : est le frère du précédent ; il est mentalement retardé et ne tarde pas à être déposé par son neveu qui devient Osman II.

Osman II (1618-1622) ne règne que 4 ans et est assassiné par les Janissaires, car il voulait dissoudre leur corps.

Mustafa Ier (1622-1623) ne revient que peu de temps au pouvoir et il est vite enfermé pour cause de folie.

Murad IV (1623-1640) frère d’Osman II, devient sultan à l’âge de 11 ans et c’est donc sa mère Kösem Sultane qui exerça le pouvoir au début. L’empire fut assailli de toutes part : invasion de l’Irak, insurrection en Anatolie, révoltes des Janissaires. Murad vint à bout de ces rébellions et les réprima avec cruauté. Il fit tuer son frère Bayezid (le Bajazet de Racine) puis deux autres frères. Il avait quelques qualités tout de même : il combattit la corruption, était courageux au combat et bon tacticien. Il reprit Bagdad et signa un traité de Paix avec la Perse. Mais au cours de la prise de Bagdad, il fit massacrer garnison et population. Il mourut à l’âge de 28 ans d’une cirrhose du foie.

Ibrahim I (1640-1648) frère du précédent avait lui aussi un grain de folie. Le pouvoir fut assuré par sa mère Kösem. Mais il fit tout de même assassiner plusieurs vizirs et engagea l’empire dans une guerre désastreuse contre Venise. Il est dépossédé du pouvoir par un coup d’état et exécuté.

Mehmed IV (1648-1687) succède à son père à l’âge de 6 ans : il est le fils de la favorite Turhan Hatice d’Ibrahim I. Au début, c’est encore Kösem qui assure le pouvoir, mais elle est exécutée en 1651 sous l’instigation de Turhan Hatice qui prend le pouvoir. Les vizirs de la famille des Köprülü eurent une action bénéfique ; l’empire ottoman remporta une victoire décisive contre Venise. Mais l’armée ottomane subit un second échec devant Vienne en 1683 et perdit la bataille de Mohacs en 1687. Troubles dans l’armée ; déposition de Mehmet IV par son frère Suleyman II.

Suleyman II (1687-1691) subit rapidement une seconde défaite à Mohacs et perdit une désastreuse guerre en Crimée. Ayant nommé un Köprülü grand vizir, il arrêta une avance des Autrichiens en Serbie et réprima un soulèvement bulgare. Il mourut en 1691.

Ahmet II (1691-1695) : frère du précédent, son court règne ne connut que des défaites, la première étant infligée par les Autrichiens à Slankamen. Il mourut de maladie et de dépression.

Mustafa II (1695-1703), neveu du précédent, arriva un moment à redresser la situation, mais il subit des défaites fatales : les Russes reprennent Azov et l’armée ottomane est écrasée à Zenta. Le sultan doit concéder des territoires importants à ses adversaires par les traités de Karlowitz et Constantinople. Il abdique à la suite d’une révolte des Janissaires.

Ahmet III (1703-1730) fils de Mehmet IV. Il donne asile pendant 5 ans à Charles XII de Suède battu par Pierre le Grand à Poltava. Il obtient d’abord une victoire sur Pierre le Grand en 1711 et prend la province de Morée aux Vénitiens. Mais ensuite ce sont des défaites : il perd Belgrade après la bataille de Corfou face aux Vénitiens (1716), celle de Peterwaradin en 1716 contre les Autrichiens, celle de Temesvar (1716), celle de Belgrade (1717), et doit signer le traité de Passarowitz en 1718. A l’intérieur, la bonne gestion du grand vizir Damad Ibrahim Pacha permit une période de prospérité : la période des tulipes. L’imprimerie en arabe et en turc se développa sous son règne, à partir de 1729 : avant, les seuls livres imprimés l’étaient en caractères grecs, arméniens et hébreux.

Le sultan était passionné d’arts et de littérature et intéressé par les cultures européennes. Il avait d’ailleurs deux femmes d’origine française et il introduisit des modes européennes à Istanbul. Mais le luxe étalé lui fut fatal : les Janissaires le déposèrent avec l’aval du peuple. Il fut emprisonné mais eut la vie sauve alors que ses ministres furent massacrés.

Mahmud I (1730-1754) fils de Mustafa II. Il put gouverner normalement une fois le trop insolent et vindicatif chef des Janissaires Patrona Halil éliminé. Il laissa ses vizirs régler les affaires et lui-même se consacra à la poésie. Son règne fut caractérisé par des victoires sur les Russes, les Autrichiens et les Perses.

Osman III (1754-1757) frère du précédent. Un sultan un peu fou qui vivait reclus dans son palais, détestait la musique et la présence des femmes. Sous son règne, Chrétiens et Juifs subirent une discrimination et durent porter des signes distinctifs.

Mustafa III (1757-1774) fils d’Ahmet III. Il profita d’une période de 11 ans de paix et en profita pour faire des réformes internes. Mais il perdit une bataille contre la Russie de Catherine II en 1768 et sa flotte fut détruite en 1770. Il dut céder d’importants territoires dont la Crimée. Sous son règne fut construite la mosquée des tulipes.

Abdülhamid I (1774-1789) frère du précédent. Il a été emprisonné pendant 42 ans par les sultans précédents : les mœurs s’étaient adoucies entre temps et au lieu de massacrer tout le monde, frères, neveux, etc.., on se contentait de les enfermer dans la prison dorée d’un palais. De caractère assez doux, malléable, pieux, il n’en fit pas moins des réformes importantes dans l’administration, l’armée et l’éducation et suivit de près le travail de ses vizirs. Cela fit oublier la cuisante défaite des Ottomans contre les Russes en 1774 à Kozluja. Le peuple aimait bien ce souverain différent des autres.

Selim III (1789-1807) fils de Mustafa III et neveu du précédent fut lui aussi aimé par son peuple. Il fit des réformes importantes dans la société et dans l’armée, continuant l’œuvre de son prédécesseur. Mais la guerre lui fut imposée par les Russes, les Autrichiens, puis par les Français qui envahirent l’Egypte avec Napoléon. Il fut déposé par les Janissaires et assassiné un an plus tard sur ordre de Mustafa IV.

Mustafa IV (1807-1808) fils d’Abdülhamid I. Il fut vite éliminé au cours d’une lutte pour le pouvoir, après avoir lui-même éliminé une partie de sa famille.

Mahmud II (1808-1839) fils d’Abdülhamid I continua les réformes de Selim III. Il fit massacrer tous les Janissaires et réorganisa son armée suivant les modèles européens. Il ne put empêcher l’indépendance de la Grèce et celle de l’Egypte.

Abdülmecit I (1839-1861) fils du précédent. L’intégrité de l’empire ottoman fut maintenue grâce à l’intervention de la France et de l’Angleterre qui arrêtèrent l’avancée du gouverneur d’Egypte Mohammed Ali qui voulait conquérir Constantinople. Il reçut également l’appui de ces deux pays dans la guerre de Crimée contre les Russes. Très influencé par l’Occident, le sultan transfert une partie du pouvoir des militaires et des religieux à des fonctionnaires civils qui deviennent salariés. Tous les sujets de l’Empire sont déclarés égaux, sans distinction de religion. Le conseil du Tanzimat est créé pour appliquer ces réformes.

Abdulaziz (1861-1876) frère du précédent voulut continuer les réformes, mais le désordre des finances et le chaos dans l’administration l’en empêcha. Il dut faire face à de nombreuses révoltes dans les pays conquis et fut de plus en plus tributaire d’emprunts contractés en Europe, jusqu’à être incapable de rembourser. Il fut contraint d’abdiquer.

Murad V (1876) fils d’Abdülmecit I fut rapidement emprisonné par son frère qui devint Abdülhamid II en raison d’une crise passagère de folie. Il resta enfermé pendant 28 ans.

Abdülhamid II (1876-1909) Libéral au début, il ne put appliquer de réformes en raison de la situation catastrophique de l’économie et des révoltes internes qu’il réprima sauvagement. Il gouverna donc de façon autoritaire mais fut contraint en 1908 à rétablir la constitution par la révolte des Jeunes Turcs qui finalement le déposèrent en faveur de son frère qui devait devenir Mehmed V.

Mehmed V (1909-1918) : son règne est une suite de défaites et de pertes de territoires : Libye, Dodécanèse (îles grecques), Albanie, Macédoine, Thrace, Roumélie. Il se range du côté de l’Allemagne dans la première guerre mondiale. Les Alliés démembrent l’Empire.

Mehmed VI (1918-1922) frère du précédent accepte l’occupation du pays et devient ainsi   impopulaire. La résistance contre le démembrement de l’Empire et l’occupation grecque de l’Anatolie s’incarne en la personne de Mustapha Kemal. En 1923 la République turque est proclamée avec Mustapha Kemal (Ata Türc) comme président.

Les pouvoirs politique et religieux sont séparés ; l’Islam reste la religion officielle. Les femmes reçoivent le droit de vote ainsi que d’autres droits ; la polygamie est abolie. L’écriture arabe est remplacée par l’écriture latine.

Abdülmecit II (1922-1924) cousin de précédent ne fut que calife pendant deux ans. Il s’exila en France où il mourut en 1944.

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