Histoire de Dubrovnik

Dubrovnik à travers le temps

Les débuts : La ville de Raguse fut fondée au VIIe siècle, peut-être par la population de l’ancienne ville d’Epidauros (aujourd’hui Cavtat) ou des environs, qui s’était réfugiée en cet endroit plus facile à défendre, pour mieux se protéger des multiples invasions et pillages. En même temps, elle se plaça sous l’autorité de Byzance pour obtenir sa protection et elle devint ville d’évêché en 980. Comme la possibilité de développer l’agriculture était très limitée, elle se lança dans le commerce maritime et obtint rapidement d’importants succès commerciaux : elle devint ainsi la concurrente de Venise.

Elle avait statut très particulier : elle était dirigée par un recteur élu seulement pour un mois. Quand le palais du recteur fut achevé, il habita dans ce palais et dut se consacrer uniquement à sa tâche : il n’avait le droit de recevoir ni parents ni amis. Mais le vrai pouvoir était aux mains de la classe aristocratique qui gouvernait par le biais de 3 assemblées : Grand Conseil, Petit Conseil et Sénat.

La société était divisée en 3 classes, des castes presque, puisqu’on ne pouvait pas se marier d’une classe à l’autre : les patriciens, les citoyens et les plébéiens.

Raguse s’entoura assez rapidement de remparts imposants, ce qui lui permit de résister au siège des Sarrazins entre 866 et 867, qui dura 15 mois et qui fut levé grâce à l’intervention de la flotte de l’Empire Romain d’Orient.

Aux environs de l’an 1000, Venise quitta l’Empire Byzantin à qui elle reprochait de ne plus la protéger contre les attaques des Hongrois et des Normands installés en Italie. Venise prit plusieurs villes en Dalmatie mais échoua devant Raguse en 958.

Raguse dut constamment faire face aux attaques des Vénitiens et des royaumes bosniaques et serbes, mais jusqu’en 1171, elle put résister, et même agrandir son domaine et prospérer grâce à son commerce. De nombreux Slaves vinrent s’y installer en raison de cette prospérité.

Dans les premiers temps, et jusqu’à 1120, Raguse n’eut pas d’autre territoire que celui de la ville en train de se construire et celui de Ragusa Vecchia (l’actuelle Cavtat). A partir de 1120, elle occupa aussi une partie de l’arrière-pays.

En 1184 et 1185, les Serbes du fondateur de la dynastie Nemanjić, Stefan Nemanja, assiégèrent la riche ville de Raguse et échouèrent par deux fois. La ville continua à prospérer et étendit son emprise sur les environs.

En 1202, la quatrième croisade, était prête à partir de Venise, dont le doge lui avait prêté de l’argent pour s’équiper. L’armée de la croisade étant incapable de rembourser la somme empruntée, le Doge Dandolo exigea qu’elle l’aide à assaillir le port de Zara en Dalmatie. Les Vénitiens détournèrent également la croisade vers Byzance qu’ils envahirent en 1204 et mirent à sac. Raguse, privé du soutien de Byzance affaibli, accepta la tutelle de Venise en 1205, qui était désormais la nation forte de la région. Cette tutelle dura jusqu’en 1358.

La période vénitienne : Mais Venise n’écrasa pas Raguse : elle la laissa commercer librement et supprima même les droits de douane pour les marchandises venant de Raguse. De plus, Raguse était protégée par Venise contre ses éventuels ennemis, comme elle l’était avant par Byzance. Raguse en contrepartie devint la base navale de Venise qui profita également des routes commerciales ouvertes et organisées par Raguse. Raguse de son côté put avoir accès aux gisements miniers de Serbie, de Bosnie et de Transylvanie, et développer son commerce avec les Balkans et même avec la Pologne. Pendant cette période Raguse combla le chenal qui séparait la ville actuelle en deux : ce chenal se trouvait là où se trouve aujourd’hui la rue la plus importante, le Stradun ou Placa. En 1333, Raguse acheta la péninsule de Pelješac à la Serbie, puis l’île de Mljet en 1345. Cette période fut somme toutes assez favorable à Raguse. Mais en 1348 la peste noire frappa la ville qui perdit près du tiers de ses habitants.

L’âge d’or : En 1358, Venise fut vaincue par la Hongrie ; elle dut céder Raguse et la partie continentale de la Dalmatie par le traité de Zadar. Raguse accepta la suzeraineté de Louis 1er de Hongrie et dut verser un tribut annuel pendant près de 2 siècles, mais elle resta indépendante. Elle continua à profiter de ses franchises et privilèges précédents, tout en n’étant plus astreinte à des restrictions commerciales, comme sous la domination de Venise, car la Hongrie n’était pas une puissance maritime.

C’est Raguse qui instaura la première quarantaine en 1377 pour se protéger d’une éventuelle peste noire, vu son commerce intense avec de nombreux pays.

Au XVe s., des menaces planaient cependant fréquemment : les Ottomans serraient leur étreinte autour de Byzance et avaient déjà envahi une partie de la Bulgarie, et les Vénitiens essayaient de revenir en force, pour retrouver leur splendeur passée et reconquérir des marchés, notamment à Drijeva, à 100 km de Raguse.

En 1416, Raguse abolit le servage, puis l’esclavage en 1418 en interdisant le commerce des esclaves, une décision très en avance sur son temps ! En 1458, elle obtint des droits de douane très réduits avec l’Empire ottoman, ce qui lui permit d’être pratiquement le seul pays européen à commercer avec les Turcs. Au XVIe s., Raguse avait développé des relations commerciales avec la Flandre, l’Angleterre, l’Espagne, la Provence, l’Egypte et la Syrie. Elle eut jusqu’à 200 gros navires qui transportaient céréales, laine, peaux, produits miniers, cire,  carmin de cochenille, sel, tissus, cristallerie, verrerie etc…

 

Sous la domination ottomane : En 1430, les Turcs, appelés par les Bosniaques, avancèrent jusqu’en Bosnie et en Albanie, puis envahirent la Serbie. Raguse signa un traité avec eux, lui permettant de commercer avec les régions conquises, mais contre paiement de taxes et autres avantages. C’est désormais à l’Empire ottoman que Raguse devait payer un tribut annuel et se déclarer vassal ; mais là encore, Raguse restait libre. Dans la décennie 1460 elle dut organiser des transports de réfugiés qui fuyaient l’invasion turque en passant par Raguse, vers l’Italie.

La pression ottomane augmentait constamment, profitant de la mésentente entre Hongrois et Vénitiens, et bientôt les Turcs arrivèrent  jusqu’aux portes de Raguse ; son tribut à verser pour garder sa liberté fut multiplié par 10 ! Mais les Ragusains étaient certainement de fins négociateurs et de bons commerçants car ils purent continuer à développer leur commerce un peu partout. Ils commerçaient aussi bien avec les puissances chrétiennes qu’avec les Ottomans, ce qui ne fut pas sans déplaire aux Ottomans.

Le déclin : En 1667, un terrible séisme tua 5000 personnes à Raguse, et il fallut tout reconstruire, sauf les remparts. En 1683, les Turcs furent sévèrement battus devant Vienne, et ils durent abandonner de nombreuses possessions aux Habsburg, à Venise et à la Pologne : Hongrie, Transylvanie, Slavonie, Dalmatie, Podolie. Le commerce de Raguse avec les Turcs diminua et entraîna sa prospérité dans ce déclin, bien que Raguse poursuivait sa politique de neutralité et continuait d’avoir des ambassades et consulats dans 80 pays ou ports.

En 1806, la ville fut attaquée par une coalition entre Russes et Monténégrins et ne fut sauvée que par l’intervention française. Mais cette intervention eut un coût : la France de Napoléon abolit la république de Raguse et l’intégra dans le royaume d’Italie en 1808 puis dans les Provinces Illyriennes françaises en 1810. En 1815, Raguse fut délivrée de la domination française par les Autrichiens, qui à leur tour l’occupèrent jusqu’en 1918. Plus tard, Raguse fera partie de la Yougoslavie qui réunit Serbes, Croates et Slovènes. Après la dissolution de la Yougoslavie en 1992, Raguse devenue Dubrovnic, devint une ville de Croatie.

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